Août 61

Quatrième de couverture :

Ben ne sait plus qui il est, il ne reconnaît plus ses proches. Alzheimer ? Il va devoir revisiter un passé douloureux dans l’Allemagne en guerre et celle de la libération, puis dans l’Angleterre et la France des années cinquante. Son fil rouge, fil d’Ariane dans le labyrinthe d’une mémoire traumatique?: son amour d’enfance, Tuva, née dans un Lebensborn norvégien, qu’il rejoint à Berlin, un soir d’août 1961, alors que le Mur va scinder la ville en deux.

Auteur : Sarah Cohen-Scali / Genres : Historique, amour, société / Public ciblé : Jeunesse / Nombre de pages : 463 p. / Editeur : Albin Michel / Année de parution : 2019

Mon avis :

Pour avoir lu les précédents romans de Sarah Cohen Scali, Max et Orphelins 88 (dont Août 61 rejoint les thèmes abordés, à savoir les enfants nés de Lebensborn, le nazisme…), je m’attendais au même style de narration. Celle-ci peut dérouter car le « je » est utilisé, avec plusieurs personnages différents qui s’expriment, et parfois on ne sait pas forcément qui se cache derrière ce « je ». Mais c’est ce qui fait la force et la sensibilité de ses histoires. Nous sommes au coeur de ce que pensent les personnages, de ce qui les fait sourire ou souffrir. Et il faut bien dire que cette histoire m’a beaucoup touchée.

Cette histoire est tout simplement magnifique. On se sent transcendés par les différents personnages qui m’ont semblé être tellement réels et concrets. On en rencontre beaucoup mais tous prennent véritablement corps dans notre esprit. A commencer par « Ben », le personnage principal, que l’on suit de son enfance à sa vieillesse. Le petit plus c’est que l’auteure a réussi à mêler au côté historique une réflexion sur une maladie souvent mal vue, un peu tabou : l’alzheimer. Ce n’est pas un spoiler : Ben en est atteint, mais l’auteure a su, à travers son personnage, redonner de la dignité à ces malades souvent oubliés de la société. Le message est tellement beau. Cette maladie va être le fil rouge de l’histoire, Ben va devoir se remémorer l’histoire difficile de sa vie et de celle de Tuva, son amour de jeunesse perdu…

C’est aussi un roman bien ancré dans la réalité historique. On pourrait penser que c’est une redite de Max ou d’Orphelins 88, mais pas du tout. Ce roman les complète parfaitement et d’ailleurs cette fois-ci, contrairement aux deux précédents romans cités plus haut qui n’abordent que l’époque de la Seconde Guerre mondiale, nous allons aussi être immiscés une grande partie dans l’Allemagne de l’est et son régime de surveillance et de contrôle de la population.

« Tu ne peux pas avoir oublié, Ben, le choc qu’un tel événement peut produire. Imagine un peu. Imagine que nous sommes à Paris et non à Berlin. Un immense rouleau de barbelés partirait du bois de Boulogne et courrait jusqu’au bois de Vincennes. »

C’est une très belle lecture de vie ! Tellement réelle que j’ai du mal à me dire que tous ces personnages n’existent pas pour de vrai… Je la conseille fortement !

Note : 5 sur 5.

Hôtel Castellana

Quatrième de couverture :

Madrid, été 1957.
Passionné de photographie, Daniel Matheson, 18 ans, découvre l’Espagne à travers l’objectif de son appareil. Il loge au quartier général de la haute société américaine: l’hôtel Castellana, où travaille la mystérieuse Ana Torres Moreno. À mesure qu’ils se rapprochent, Ana lui révèle un pays où la dictature fait régner la peur et l’oppression, hanté par de terribles secrets…

Auteur : Ruta Sepetys / Genres : Historique, Romance / Public ciblé : Jeunesse, adultes / Nombre de pages : 587 p. / Editeur : Gallimard Jeunesse / Année de parution : 2020

Mon avis :

Ruta Sepetys est une de mes auteures préférés en ce qui concerne les romans historiques de jeunesse ! Quel plaisir donc cela a été de me plonger dans cette histoire ! Ses romans sont toujours très bien documentés, on y apprend beaucoup de choses et toujours de manière sensible.

On ne parle pas beaucoup de la dictature de Franco en Espagne, et pourtant… Hôtel Castellana évoque entre autres la répression des opposants, la prépondérance de la religion dans la société, la place de la femme qui doit être obéissante ( « nous sommes plus belles la bouche fermée »)…

C’est ainsi. Tout choix de vie impose des sacrifices. Peut-être l’avez-vous déjà constaté ?

Pour nous confronter à tous ces sujets, nous nous retrouvons dans la peau de plusieurs personnages, dont les deux principaux sont deux jeunes personnes que pas mal de choses semblent opposer : Ana, dont les parents ont été assassinés car Républicains, travaille comme femme de chambre à l’hôtel, elle vit avec le reste de sa famille dans une extrême pauvreté ; Daniel, lui, est un riche client américain de l’hôtel, son père dirige une société de pétrôle qui doit s’installer dans le pays, mais Daniel ne rêve que de devenir reporter-photographe… Si les deux personnages se rapprochent peu à peu malgré leurs situations différentes, les dangers, eux, deviennent de plus en plus oppressants. Les deux amoureux réussiront-ils à vivre leur histoire d’amour pleinement ?

Il faut souligner le talent de Ruta Sepetys pour installer une ambiance : on commence à être gêné par ce qui semble se passer dans l’Espagne franquiste dès le début du roman, c’est très subtil. Néanmoins, J’ai préféré les autres romans de l’auteure, car j’ai trouvé que dans celui-ci-il y avait quelques longueurs… J’avoue aussi avoir été un peu décue car je n’ai pas été autant touchée par l’histoire d’amour entre les deux jeunes personnages que ça, on se sent un peu détachés d’eux… J’attendais sans doute mieux, moins de fadeur de leur part car pourtant les personnages sont bien construits.

Je conseille tout de même ce livre aux adolescents mais aussi aux adultes pour sa qualité historique et ses axes de réflexion. Les questions que posent ce roman, on se les pose à tout âge : la nécessité d’ouvrir les yeux sur le monde, le respect des décisions des autres, la possibilité de lier les relations avec des personnes d’autres milieux…

Note : 4 sur 5.

Je n’ai pas trahi

Quatrième de couverture :

Luna, seize ans, vient d’emménager à Ajaccio où sa mère a décidé de refaire sa vie. Seule comme jamais, elle se plonge dans les études et décide de préparer le Concours national de la résistance. En remontant le fil de l’Histoire, elle découvre le sort méconnu des Juifs de Corse. Ce qui n’était pour elle qu’un devoir de classe lui permet, contre toute attente, de lever un lourd secret familial. Son destin de lycéenne d’aujourd’hui se mêle à celui de Salomon, jeune résistant d’hier, au gré d’une vendetta sans limites et sans âge.

Auteur : Frédéric Couderc / Genres : Historique, Société / Public ciblé : Jeunesse

Nombre de pages : 311 p. / Editeur : Pocket Jeunesse / Année de parution : 2019

Mon avis :

Je n’ai pas trahi est un roman jeunesse exigeant tant dans le contexte historique que contemporain. Le récit alterne entre un chapitre se déroulant dans le passé (dans la peau de Salomon) et d’autres à notre époque (Luna et sa famille, Mattéo son camarade de classe).

On y apprend beaucoup de choses sur la Corse pendant la Seconde Guerre Mondiale, ce qui n’a encore jamais été abordé en littérature jeunesse, il me semble (ou alors j’attends avec impatience que vous me donniez des titres qui m’auraient échappé !). Je le conseille vraiment à ce niveau-là car je ne connaissais pas du tout l’histoire des Juifs en Corse au 20e siècle et j’en savais très peu sur l’occupation de l’île par les fascistes italiens. Mais l’histoire aborde aussi les problèmes de la Corse aujourd’hui avec les vendettas entre bandes rivales, la question de la « loi du silence » et des habitants qui souhaitent enfin en finir avec cette habitude.

Dans ce contexte trouble, tout n’est pas tout noir ou tout blanc, à commencer par les personnages, qui vont rapidement se trouver liés les uns aux autres. Celui qu’on pourrait croire tout blanc car résistant pourrait se révéler un peu plus noir qu’il n’y paraît. Les deux adolescents de notre époque, Luna et Mattéo, traverseront chacun une crise d’identité qui les mèneront à agir de manière plus ou moins socialement correcte, mais selon leur propre conscience. Les personnages ont de la profondeur et c’est appréciable. Ce roman jeunesse n’est pas moralisateur, il nous apprend qu’on peut aussi composer avec certaines règles de la société.

« Les pensées de Salomon volaient vers d’autres cieux. Tant d’années après, la plaie du deuil restait béante. Car les morts existent même quand ils ne sont plus là depuis longtemps, très longtemps. »

Comme je le disais, c’est une lecture exigeante avec beaucoup de contexte historique à digérer, donc certains adolescents pourraient décrocher, d’autant plus qu’il faut être capable de suivre les alternances passé/présent et les multiples évolutions des personnages. Néanmoins il y a quand même un certain nombre d’aventures qui accompagnent l’histoire et aident à temporiser cela.

Une bonne lecture pour apprendre et réfléchir sur le monde d’hier et d’aujourd’hui, à destination principalement des adolescents qui pourront s’identifier aux personnages.

Note : 4 sur 5.

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